jeudi 23 juin 2011
jeudi 23 juin 2011
D’une prison
Cantatrice française de renom, Rosa Emma Calvé fut une habituée des salons littéraires parisiens. Il se trouve qu’à la fin de l’année 1893 elle pris part à la même soirée qu’Oscar Wilde dont elle nous raconte l’arrivée en détails dans ses mémoires. Lors de cette grande réception, Wilde à son entrée fit part à l’hôtesse qu’il était venu avec un ami poète qui sortait alors de prison. Celui-ci n’était ni plus ni moins que Paul Verlaine.
C’est à la demande de Wilde que Verlaine lut son poème traitant de son séjour en prison. Les quelques vers du poète chassèrent l’indifférence qui semblait emplir la salle et l’assemblée bouleversée applaudit chaleureusement. Wilde celui qui deux ans plus tard avec son procès pour homosexualité serait aussi une autre de ces victimes de la société se joignit fièrement aux ovations.
Emma Carmé raconte alors que quelques années plus tard, à Paris, dans un théâtre elle reconnu un visage familier et d’attendre l’entracte pour lancer «Monsieur Wilde !».
« Je remarquais non loin de moi un homme mal mis, tout voûté à peu près dans le même état où j'avais vu Paul Verlaine. Je reconnus Oscar Wilde, vieilli, méconnaissable, qui cherchait à se cacher parmi la foule indifférente. J'allai vers lui, les mains tendues, il releva la tête au son de ma voix et je revis dans ses yeux, le même regard d'enfant effrayé, de notre grand poète. Il saisit mes mains, en murmurant : «Oh ! Calvé, si vous saviez combien je suis malade et désespéré.»
(Extrait de My Life de Emma Calvé.)
D’une prison
Le ciel est, par-dessus le toit,
Si bleu, si calme!
Un arbre, par-dessus le toit,
Berce sa palme.
La cloche, dans le ciel qu'on voit,
Doucement tinte.
Un oiseau sur l'arbre qu'on voit
Chante sa plainte.
Mon Dieu, mon Dieu! la vie est là,
Simple et tranquille.
Cette paisible rumeur-là
Vient de la ville.
Qu'as-tu fait, ô toi que voilà
Pleurant sans cesse,
Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà,
De ta jeunesse?
Emma Calmé (1858-1942) amie, entre autres, de la reine Victoria et de Jean Richepin fut une vraie diva très remarquée dans son rôle de Carmen. Rodolfo Celleti musicologue italien décrivit sa voix en: «une alternances rare d'attaques mordantes et de sons filés, incroyablement purs, aux legati impeccables et à la variété étonnante de couleurs, réalisant un équilibre entre bel canto et vérisme, le tout servi par une grande stabilité dans l'émission vocale, ce qui lui permet aussi bien de chanter en virtuose les passages de pure technique que de produire des effets dramatiques avec les seuls sortilèges de la voix sans cesser d'être musicale.»
Verlaine fut emprisonné deux ans pour avoir tiré au pistolet sur son amant Arthur Rimbaud craignant de voir ce dernier le quitter.
Wilde, ici photographié en 1892, vouait une admiration sans bornes pour Verlaine sa Salomé lui fut dédié.
D’une prison, mis en musique par Raynaldo Hahn interprété par la contralto Jeanne Gerville-Réache enregistré sur cylindre de phonographe et daté de 1911.
«Soirée chez lady de Grey. Des invités de marque, parmi lesquels Oscar Wilde et Paul Verlaine. Quel contraste entre ces deux êtres ! Je n'oublierai jamais le regard de notre pauvre grand poète, ses yeux d'enfant perdus, dépaysé, humilié, mal mis en des habits d'emprunt trop larges.
— Il est terriblement pauvre, explique Wilde, très élégamment vêtu, couvert de bijoux, beau brummell, dominant de sa haute taille son malheureux compagnon.
À la prière de Gladys de Grey, Verlaine nous a dit l'un de ses poèmes, D'une prison, avec des sanglots dans la voix.»
(Extrait de My Life de Emma Calvé.)