A propos

Vie

(1854-1878) Commencements, percées 2/2


Naissance, études et voyages. Les débuts dans la

vie d’Oscar Fingal O’Flahertie Wills Wilde.







Au lendemain de son vingtième anniversaire, Oscar Wilde fit son entrée à Oxford. Il décrit son séjour à Oxford comme un moment décisif dans sa vie. Il va ainsi commencer à s’engager plus profondément dans les études classiques : histoire ancienne, philosophie et littérature. Son goût de lire et vite lui permet d’élargir ses lectures. Il va ainsi ajouter Dante et Baudelaire à Keats et Swinburne, et approfondissant sa connaissance des grands philosophes, sans d’ailleurs négliger les théologiens. Mais encore plus important pour sa formation, il va assister aux cours de John Ruskin et Walter Pater, qui enseignent tous deux l’histoire de l’art, de l’orientaliste Friedrich Max-Muller, premier professeur de philologie comparée. Les deux premiers seront pour lui des maîtres. Wilde ne rencontra Pater en personne que pendant sa troisième année mais dès le premier semestre, il se prit de passion pour ses Essais sur l’art de la Renaissance publiés l’année précédente. Avec Ruskin, il ira avec d’autres admirateurs jusqu’à faire du terrassement pour développer son corps en même temps que son esprit. Son goût pour les préraphélites se fait plus explicite, et le lys devient son emblème. Mais Wilde ne consacra pas tout son temps à l’étude de Pater et Ruskin, il se concentra aussi sur le philosophe allemand Hegel avec la Phénoménologie de l’Esprit et son Esthétique, ce qui lui permit de concilier les théories de ses deux maîtres d’Oxford en matière d’art. Le père de Wilde était un membre éminent de la maçonnerie dublinoise, le 16 février 1875, il est associé à la loge Apollon de l’université. Pendant l’été de la même année, sous la conduite de son ancien professeur d’histoire ancienne de Trinity College, John Mahaffy, Wilde va visiter l’Italie du Nord, et compose en son honneur ses deux premiers poèmes, l’un est intitulé San Miniato il y exalte Fra Angelico parmi les rossignols, les lauriers-roses et les myrtes fiers. En Italie, le choc esthétique est immense, et manque de le conduire à se convertir au catholicisme. Durant ce même été il rencontre, à Moytura, Florence Balcombe, qui marqua la première et sérieuse aventure amoureuse avec une femme, bien quelle ne déboucha sur aucun rapport intime. Wilde confiait à son ami Reginald Harding que le visage de la belle Laurence était le plus beau qu’il n’ait jamais vu. Il lui consacra deux odes, Chanson et La plainte de la fille du roi dans lesquels il associait l’image l’image de la jeune fille aimée à celle de la Vierge, prouvant en cela l’aspect purement platonique de leu relation. F. Balcombe ne tarda pas à rompre et se maria avec Bram Stoker, l’auteur de Dracula. C’est à cette époque que ses amis commencèrent à ironiser chez lui des comportements «efféminés». La lecture et la fréquentation de Walter Pater, tout autant que l’ambiance oxonienne, le conduisent en tout cas à évoquer de moins en moins discrètement le thème de l’homosexualité, au moins chez les Grecs.

De 1877 à 1878


«J’atteignis les Alpes, et toute mon âme, Italie,

mon Italie, en fut, à ton nom embrasée.»

Oscar Wilde dans : Poems



Après avoir appris la mort de son père au printemps 1876, Oscar va passer sa première série d’examens qu’il réussi avec brio, obtenant la mention «First», c’est à dire la plus haute. Le 23 septembre, le Boston Pilot publie son poême «Graffiti d’Italia». À partir de l’automne, il prépare son diplôme final en histoire ancienne et philosophie tout en continuant de composer des sonnets. Mais surtout, printemps 1877 il va entreprendre un double voyage, toujours avec Mahaffy, en Grèce via Corfou, puis au retour avec ses amis récemment convertis, à Rome. La Grèce va subjuger Wilde et il en est de même pour Rome où il faut souligner qu’il fut reçu avec ses amis en audience privée par le Pape Pie IX, fasciné Wilde composa immédiatement un sonnet où il glorifiait l’autorité divine du pontife : Urbis Sacra Aeterna. Lors de son pèlerinage à Rome il alla aussi s’incliner sur la tombe de Keats et celle de Shelley, il leurs consacra deux poèmes, l’un : La tombe de Keats et l’autre La tombe de Shelley. De retour à Londres Wilde en profite pour faire ses débuts à l’occasion du vernissage d’un nouveau musée : il met en avant son attitude de dandy en portant un costume admirable et publie, dans un périodique dublinois, son premier article, par lequel il se présente comme critique d’art. C’est à ce moment qu’il rentre en contact personnel avec Walter Pater. Son aventure à Oxford se clôt, en 1878, sur trois événements : il remporte un concours de poésie de l’université d’Oxford pour un poème intitulé «Ravenna»; il réussit brillamment son examen final et devient «Bachelor of Arts» en novembre 1878; et enfin, malheureusement, Wilde va contracter la syphilis, avec une prostituée londonienne, syphilis dont furent atteints bien d’autres «poètes maudits» comme Charles Baudelaire.


San Miniato , version revue pour le Dublin University Magazine, en Mars 1876 :


See, I have climbed the mountain side
Up to this holy house of God,
Where once that Angel-Painter trod
Who saw the heavens opened wide,


And throned upon the crescent moon
The Virginal white Queen of Grace,
Mary! could I but see thy face
Death could not come at all too soon.


O crowned by God with thorns and pain!
Mother of Christ! O mystic wife!
My heart is weary of this life
And over-sad to sing again.


O crowned by God with love and flame!
O crowned by Christ the Holy One!
O listen ere the searching sun
Show to the world my sin and shame.


Version française:


Vois, j’ai gravi le flanc de la montagne

Jusqu’à cette sainte demeure de Dieu

Que fréquenta jadis le moine angélique

Qui vit les cieux grands ouverts.


Couronnée par Dieu d’épine et de pleur,

Ô mystique épouse ! Ô Mère du Christ !

Mon cœur, lassé d’une existence triste,

Ne chante plus, submergé de douleur.


Et, trônant sur la lune ascendante

La Reine du Ciel et de la grâce

Marie ! Si je pouvais seulement voir ta face

La mort ne viendrait jamais trop tôt


Ô ! couronnée par Dieu d’amour et de flammes,

Ô ! couronnée par le Christ saint

Ô ! écoute, avant que le soleil indiscret

Ne révèle au monde mon péché et ma honte.

1874-1877


«Menteur ! Mon neveu Algernon ? Impossible ! C’est un Oxonien.»



Détail d’un tableau de Fra Angelico sur l'Annonciation (1435).

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